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L’évolution de la nedharat au fil du temps

Les biens Habous ou fondations pieuses ont joué un rôle déterminant dans le développement économique et social de la société marocaine et ont touché  les différents aspects de la vie. De la construction, entre autres, des mosquées, des medersas, des hôpitaux, et des orphelinats à  la consolidation des liens sociaux entre les différentes classes sociales via la subvention aux besoins des plus démunis, en passant par la protection de l’environnement. Ces biens ont été, à travers l’histoire du Maroc, une source intarissable de fonds renouvelables et durables pour ériger et diriger des institutions sociales, économiques et culturelles.

La bonne gestion des biens habous, leur conservation et la garantie de leur pérennité étaient la préoccupation majeure  des donateurs et des différentes dynasties qui se sont succédé sur le trône du royaume. Ainsi, le donateur, appelé aussi al-Mohabiss, détenait le pouvoir de désigner dans l’acte de donation, la partie ou les parties qui veilleront sur le bien habous. Cette partie pouvait être aussi désignée par le Cadi, la communauté ou la tribu. A travers tout le Maroc, on dénombrait parfois pour chaque bien habous, aussi petit  soit -il, un gérant appelé Nadher.

Des Idrissides aux Alaouites, les différentes dynasties marocaines ont de leur côté veillé au respect et à la conservation de ces biens, considérés comme un patrimoine sacré appartenant à tous les musulmans Marocains. Patrimoine qui leur a été légué par leur ancêtres pour garantir l’enracinement de l’Islam et la continuité de ses préceptes. Les souverains marocains se portaient garants et protecteurs de ces biens habous et confiaient leur gestion à des Cadis qui contrôlaient les différents Nadhers. Les cadis avaient le droit de désigner des gérants pour les biens habous, de veiller au respect de la volonté du donateur, et de contrôler les recettes et les dépenses de ces biens.

L’institution d’unités administratives, au sens moderne du terme, pour gérer les biens Habous ne verra  le jour que sous le règne des alaouites. Moulay Ismail (1082-1139 A.H/1672-1727 A.D), conscient de la richesse et de l’importance des Habous à travers les différentes villes du royaume et par crainte que ses biens ne se perdent, ordonna aux différents Nadhers de les  recenser  et de les consigner dans des registres. Et c’est ainsi que les hawalates ismaélites ont vu le jour, avec comme objectif de délimiter les habous et d’établir la volonté des donateurs. 

Son frère, le sultan Moulay Abdellah Ben Ismail, désigna  en 1143 Belkacem al Mastassi à la tête de la Nedhara  générale des habous, une des hautes institutions de l’Etat. Appelé le Nadher des Nadhers, El Mastassi était chargé de contrôler les différents Nadhers du royaume qui étaient très nombreux, à tel point qu’on trouvait un nadher pour chaque bien habous. Devant une telle profusion, le sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah (1171-1204 A.H / 1757-1790 A.D) décida de nommer  un seul nadher pour chaque région afin de mieux centraliser la gestion des habous.

Sous le protectorat français, une série de dahirs et de textes de lois ont vu le jour, surtout entre 1912 et 1920. De part la nomination et la fixation des attributions d’une nouvelle direction générale des habous de l’Empire chérifien, présidée par le taleb Ahmed EL DJAI, ces textes représentent un arsenal de lois régissant le domaine d’intervention et de la direction des habous et de ses délégués, à savoir les Nadhers. Ces derniers sont  tenus, en vertu des dits textes de lois, de tenir des comptes et des registres relatifs aux biens habous dans leur région, de les préserver et de les entretenir.

Au fil des années, les attributions du ministère des habous se sont élargies pour couvrir aussi les affaires islamiques. Les nédharats s’occuperont en plus de la gestion des biens habous de gérer les affaires islamiques dans leur région. Ainsi, elles s’occuperont de la gestion des mosquées, du paiement des salaires des imams et des muezzins, de la gestion des bibliothèques du ministère, de la désignation des prêcheurs du vendredi, et de tout ce qui est relatif au champ religieux. Elles veilleront aussi à la protection des lieux de culte, et représenteront le ministère  dans les activités religieuses organisées dans la région.

Le Dahir n° 1-03-193 du 9 Chaoual 1424 (4 décembre 2003) fixant les attributions et l’organisation du ministère des Habous et des affaires islamiques établira les nédharats comme un des services extérieurs du ministère. L’article 2 du dit Dahir stipule que « le ministère des Habous et des affaires islamiques comprend, outre le cabinet du ministre, l’administration centrale et les services extérieures ». L’article 17 du même Dahir  définit ces services extérieures comme étant « les nédharats des Habous et les délégations régionales, préfectorales et provinciales des affaires islamiques ».

En vertu de l’article 18 du Dahir susdit, les attributions des nédharats sont fixées comme suit :
- veiller, conformément aux orientations et directives du ministère, à la conservation, à la gestion et au développement des biens habous et d’en améliorer les revenus ;
- assurer le suivi du contentieux relatif aux biens habous ;
- proposer tous projets et plans d’action visant la revalorisation des biens habous ;
-  assurer la réalisation de toute opération ou projet dont l’exécution leur sera confié par le ministère.

L’Arrêté du ministre des habous et des affaires islamiques n° 106-04 du 28 Kaada 1424 (21 janvier 2004) relatif à l’organisation interne, au nombre et au ressort territorial des Nédharats des habous et des délégations des affaires islamiques dote chaque nédharat de 4 services : le service de gestion des biens habous ; le service de l’investissement et de la conservation des habous ; le service des affaires financières ; et le service des affaires administratives et juridiques.

L’Arrêté susmentionné établit aussi le ressort territorial des nédharats dont le nombre a été réduit de 47 à 24. Ainsi, dans certaines régions du Maroc, le territoire d’une nédharat s’étend sur plusieurs villes. C’est le cas des nédharats de Casablanca, de Salé, de Fès, de Meknès, de Tanger, de Settat, de Safi, de Taroudant, de Marrakech, de Sefrou et de Larache. Cette réduction, comme l'a précisé M. Le ministre lors de la conférence de presse du 30 Janvier 2004 dans laquelle il a présenté la nouvelle organisation du ministère, vise à rationaliser le fonctionnement de ce secteur et à doter ses institutions de plus d’efficacité.

S’agissant du rôle des nédharats, elles se consacreront à la gestion des biens habous, considérés comme une ressource principale permettant au ministère de mettre en œuvre sa politique dans le domaine religieux et social. Le wakf est d’ailleurs un des secteurs qui a bénéficié de l’intérêt du Souverain. Dans son discours du 30 Avril 2004 relatif à la restructuration et la gestion du champ religieux, le roi Mohammed VI a précisé qu’en ce qui concerne l’institution du wakf, « Nous insistons sur la nécessité de réactiver et de veiller à la rationalisation de son fonctionnement, pour qu'elle reste fidèle à ses finalités légales et à sa vocation d'instrument de solidarité sociale, et pour qu'elle poursuive son essor grâce aux apports des bienfaiteurs ».
La gestion du champ religieux qu’ont assumée dans un certain temps les nédharats, est désormais du ressort des délégations régionales et  provinciales des affaires islamiques.

Ministère des Habous et des Affaires Islamiques
El Méchouar Essaïd
Rabat - Maroc

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