L’année 1894 fut marquée par une crise aiguë dans les relations germano- marocaines marquée par une démonstration navale organisée par les Allemands pour hâter le règlement de 200.000 francs exigés après l'assassinat de deux de leurs négociants. Cette situation bénéficia à la France. Elle la mit à profit en effet pour reprendre son avance en direction du Touat, des oasis du Gourara et du T'dikelt. Elle commença aussi à envisager une expansion vers des ksour situés plus au nord.
Les Rivalités Coloniales et "l’Anarchie », 1894 -1912
Pressions allemandes, défection britannique, mainmise française
1 Le tertib azizi :
2 - Le recours aux emprunts extérieurs :
3 - Généralisation des révoltes en tribus et émeutes urbaines :
4 - De l’Entente Cordiale à la Conférence d’Algésiras (1904 1906) :
4-1 : Le désengagement britannique
4-2 : La visite de l’empereur Guillaume Il à Tanger (1905)
4-3 : La convention d'Algésiras: le Maroc sous protectorat international
4-4 : L'occupation d’Oujda, de Casablanca et de la Chaouïa (1907) par les
Français
5 –De la proclamation d’un nouveau sultan, Moulay Hafid, au Protectorat :
5-1: Contradictions et limites du mouvement et du régime hafidistes:
6 - Vers le Protectorat?
1- Le tertib azizi :
Moulay Abdel Aziz, tenu à l'écart de la vie politique, en dépit de l'influence de sa mère Lalla Rkiya, allait brutalement se trouver confronté aux réalités du pouvoir après la disparition du tout puissant Ba Ahmed (13 mai 1900) et de ses deux frères. Sans expérience mais d'esprit ouvert, le jeune souverain (il avait un peu plus de 22 ans) se hâta de désigner un nouveau Grand Vizir, Haj Mokhtar Ben Abdallah (auquel devait succéder Feddoul Gharnit) et de reprendre un certain nombre de projets de réformes. Il en envisagea d'autres avec l'aide ou à l'instigation - de l'instructeur (allaf el kebir) Mehdi Menebhi.
Le jeune sultan manifesta très vite la volonté de restructurer le Makhzen, de délimiter les compétences des différents vizirats et de rendre plus régulière la consultation des notables (convocation d'une assemblée à Rabat dès 1901). Il poursuivit la modernisation de l’armée et relança l'assainissement de la monnaie. Il s'efforça aussi et surtout de réactiver, en le remodelant, le projet de généralisation de l’impôt élaboré par Moulay Hassan et expérimenté sans grand succès dans une partie de la Chaouïa et des Doukkala:
"(Ce) tertib, déclarait il dans une lettre en date du 10 décembre 1901, sera fructueux en raison de sa conception avantageuse. Il sera évalué après recensement du bétail, des grains, des légumineuses, et des plantations de toutes espèces. Il sera imposé à toutes les tribus, les nobles et les roturiers, les puissants et les faibles, l’amel et le khalifa. Tout le monde (y sera soumis) sans exception aucune."
Les Puissances déclarèrent cependant "ne pouvoir appliquer les nouveaux impôts à leurs ressortissants et à leurs protégés que lorsqu'il aura été établi que leur application aux sujets du sultan en était effective et générale dans tout le pays makhzen". Par de tels préalables elles encouragèrent de facto l'opposition qui se développait dans les rangs des catégories sociales hostiles à une réforme remettant en cause leurs privilèges.
2 - Le recours aux emprunts extérieurs :
L'instauration ratée du Tertib, l'échec des tentatives d’assainissement de la monnaie marocaine et le déficit croissant de la balance commerciale (52 millions pour les seules années 1901 1903, contre 83 millions pour toute la période située entre 1889 1899) faisaient craindre la banqueroute. A ces menaces s'ajoutaient l'augmentation des dépenses occasionnées par la reprise de la production de fusils et de cartouches de la Makina de Fès, l'importation de grosses cargaisons d'armes européennes et américaines, ou encore les dégâts provoqués par toutes sortes de commis voyageurs livrant à la Cour appareils photographiques, bicyclettes, automobiles et canots à moteur (l’équivalent de 30 millions de francs entre 1900 et 1903!).
Moulay Abdel Aziz dut d'abord contracter sur place des prêts consentis à des taux usuraires par des négociants banquiers. Du fait de l'ampleur de ses besoins et du gouffre que représentait la fréquence accrue des harka contre les tribus révoltées, il se vit cependant très vite dans l'obligation de solliciter des emprunts extérieurs.
Le premier, d'un montant de 7.500.000 francs, fut accordé en 1902 sans gage (moyen efficace d'enclencher le cycle infernal de l'endettement) par un groupe dirigé par la Banque de Paris et des Pays Bas, qui n'ignoraient guère qu'à l'échéance, le Makhzen serait incapable de rembourser capital et intérêts. Deux autres emprunts, furent obtenus en 1903 auprès de banques britanniques et espagnoles (les banques françaises s'étant dérobées sur instruction de leur gouvernement). Un troisième, de 62,5 millions de francs (sur lesquels le Trésor chérifien n'en reçut en fait que dix), fut contracté en 1904. Consenti par un consortium de banques françaises, cet emprunt fut octroyé au prix de conditions qui équivalaient pratiquement à l'instauration d'un « protectorat financier » sur le pays.
3 - Généralisation des révoltes en tribus et émeutes urbaines: :
La conjonction de nombreux facteurs hâta la généralisation du mécontentement, des jacqueries et de la fronde urbaine. A ce processus concouraient notamment les empiétements territoriaux des Puissances (occupation française du Gourara en mai 1900, du Touat en janvier- février 1901), l'aliénation de la souveraineté du pays dans divers domaines, les effets d’initiatives monétaires désastreuses (frappe excessive de pièces de bronze 500 tonnes en 1902– précipitant l'avilissement de la monnaie) et de crises économiques conjoncturelles (maigres récoltes céréalières, aléas du marché international). Des révoltes éclatèrent un peu partout dans les campagnes. De violentes émeutes se produisirent aussi dans les villes (Marrakech, janvier 1904)
Dans le Nord Ouest du pays, le Makhzen se trouvait confronté à l'agitation créée par un personnage en haut en couleurs: Ahmed Raisouni. A partir de son repaire de Zinat, ce "roi des montagnes" (Rosita Forbès), multipliait les exactions contre les tribus Jbala et les raids contre les villes du Fahç Il mena aussi des actions spectaculaires contre les étrangers (enlèvement de l’Américain Ion Perdicaris, du journaliste anglais Walter Harris et son compatriote, l'instructeur Harry Mac Lean).
Ce fut surtout à l'Est de Fès que naquit et se propagea la révolte la plus grave contre Moulay Abdel Aziz. Elle était le fait d'un roghi énigmatique: Jilali Zerhouni, dit Bou Hmara (« l'homme à l'ânesse »). Originaire du douar Ouled Youssef (Zerhoun), cet ex topographe de l'armée avait été renvoyé du service du khalifa de Fès, Moulay Ornar pour des raisons obscures. Après un séjour en Algérie, il parvint, à partir de novembre décembre 1902, à soulever des tribus de l'Oriental et notamment les Ghiata (région de Taza), en se faisant passer pour Moulay M'hamed, le fils aîné de Moulay Hassan écarté de la succession par Ba Ahmed, et en se posant en Prétendant au trône.
Bou Hmara exploitait le mécontentement général contre l’européophilie du jeune sultan. Il tirait également avantage de la crise eschatologique qui secouait le pays en attente d'un "maître de l'heure" redresseur des torts. Il put élargir d'autant plus facilement le cercle de ses partisans qu'il réussit dès les premiers accrochages, à infliger des pertes sévères aux troupes du sultan, à quelques lieues seulement de Fès (décembre 1902), et à s'emparer de Taza dont il fit provisoirement sa capitale. Après en avoir été évincé (1903), il s’installa à Selouane, localité de Rif proche de Mélillia.
4 - De l’Entente Cordiale à la Conférence d’Algésiras (1904 1906) :
4 -1: le désengagement britannique:
La nouvelle du "troc" conclu le 8 avril 1904 entre les Français et les Anglais, aux dépens du Maroc et de l'Egypte, ne tarda pas à parvenir au Maroc. Elle fut accueillie avec effroi. Le danger devint plus tangible avec l'annonce de l'envoi à Fès d'une ambassade française, dirigée par Saint René Taillandier (début du printemps 1905), laquelle proposa en effet la fondation d'une banque d'Etat, la conclusion d'un nouvel emprunt de 150 à 200 millions de francs, gagé sur l'ensemble des revenus du Bit el mal, le lancement d'un programme de travaux publics et de réformes militaires et administratives, supervisé par la France.
Une délégation de notables et d'oulémas, conduite par Jaâfar Ben Driss Kettani et admise à la Cour (22 décembre 1904) rejeta catégoriquement ces propositions. La fetoua rédigée à cet effet déclarait que « les étrangers sont la cause de nos malheurs C'est à eux qu'il faut imputer notre déca¬dence, notre ruine... Nous avons du contracter un emprunt pour payer leurs salaires, alors que nous pouvons parfaitement nous passer d'eux ». Suivait une série d'exigences: rupture des négociations en cours avec les Français, renvoi des instructeurs européens, destitution des vizirs connus pour leurs sympathies françaises, "rééquilibrage" de la diplomatie maro¬caine au profit du monde musulman, de l'Empire ottoman principalement.
4-2 : La visite de l’empereur Guillaume Il à Tanger (1905): :
La visite de l'empereur d'Allemagne à Tanger (31 mars 1905), "véritable coup de tonnerre sur la scène internationale", vint à point nommé stimuler l'ardeur de tous ceux qui prônaient la résistance aux visées françaises. Guillaume II voulait, par cette visite, éviter l'isolement diplomatique de son pays, s'imposer comme partie prenante dans le partage du "gâteau marocain" et sauvegarder les intérêts économiques et commerciaux de l'Allemagne au Maroc. Le Kaiser tint devant ses compa¬triotes réunis à la légation, des propos qui semblaient indiquer qu'il allait s'opposer à toute tentative d'établissement d'un protectorat français. Une vive tension s’ensuivit dans les relations entre Paris et Berlin.
4-3 : La convention d'Algésiras: le Maroc sous protectorat international :
La conférence internationale réunie à Algésiras, du 16 janvier au 7 avril 1906 pour désamorcer cette « première crise marocaine », parvint effectivement à éviter le déclenchement d'un conflit armé entre la France et l'Allemagne (et leurs alliés respectifs). Un tel résultat ne put être obtenu qu'au prix de nouvelles clauses draconiennes et d'empiétements supplémentaires, qui réduisaient pratiquement à néant l'indépendance marocaine. Et ce même si les signataires de l'Acte final déclaraient adhérer au principe de «la souveraineté de Sa Majesté Chérifienne et de l'intégrité de ses Etats".
Parmi les principales dispositions entérinées à Algésiras figuraient en effet la reconnaissance de « droits spéciaux » à la France et à l'Espagne, l'affirmation du principe de l'égalité économique des Puissances au Maroc, l'établissement du régime de "la porte ouverte" en matière commerciale, l'interdiction de toute réforme fiscale ou financière sans l'aval préalable des légations, la création de corps de police dans les ports avec un encadrement français et espagnol, la mise en place d'une "commission de travaux publics" et l'institution d'une banque d'Etat du Maroc (avec des capitaux étrangers).
4-4 : L'occupation d’Oujda, de Casablanca et de la Chaouïa (1907) par les Français:
Divers événements allaient offrir à la France l'occasion d'intervenir militairement au Maroc et d'accentuer son emprise sur le pays. Ce fut d'abord l'assassinat du Dr Emile Mauchamp, chef, du dispensaire observatoire établi en 1905 à Marrakech. La population l'accusait de "visées chrétiennes, sournoises et néfastes" (19 mars 1907). Cet incident fut suivi d'un raid (juillet 1907) des tribus de la Chaouïa en ébullition depuis l'installation d'un agent français contrôlant les recettes douanières contre les installations et les ouvriers de la société concessionnaire des travaux du port de Casablanca.
La double réplique militaire de la France lui permit de tenir, encore plus que par le passé, le Maroc en tenaille: occupation d'Oujda à l'est (29 mars 1907) et, à l'ouest, débarquement d'un corps expéditionnaire, le 5 avril 1907, à Casablanca, auquel les Espagnols contribuèrent par quelque 600 hommes. Cette invasion s'ajouta à un passif déjà très lourd (échec des « innovations » fiscales, revers subis face au roghi et aux défis de Raisouni, endettement dépassant les 200 millions de francs, "diktat" d'Algésiras). Elle sonna le glas du règne de Moulay Abdel Aziz.
5 –De la proclamation d’un nouveau sultan, Moulay Hafid, au Protectorat :
5-1: Contradictions et limites du mouvement et du régime hafidistes:
L’occupation de portions du territoire marocain discréditait Moulay Abdel Aziz. Le sultan observait une passivité incompréhensible aux yeux de ses sujets. Le soutien accordé au cheikh Ma El Aïnine, reçu avec beaucoup d'égards à la Cour (1906) et pourvu en armes, munitions et argent pour impulser, depuis sa zaouïa de Smara, la résistance dans la Saguiat El Hamra et dans tout le Sahara occidental, n’atténuait guère son impopularité.
Dans le sud est, c'était sans l’aide du sultan en dépit d'appels répétés formulés par le biais, du khalifa du Tafilalt, Moulay Rachid qu'Aït Atta, Beni Guil et Aït Khabbach, appuyés par des volontaires Ait Ndir, Ait Yousni et Beni Mguild accourus à la rescousse du Moyen Atlas, résistaient à l'avance française le long de la vallée de la Zousfana et de l'oued Guir et essayaient même de détruire les postes établis au sud d'Ain Sefra (assaut en août 1904 de quelque 4.000 moujahiddine contre le poste de Taghit).
Plus au nord, ce fut la stupeur lorsque les troupes françaises entrèrent sans combat à Oujda. L’ardeur patriotique, l'esprit de jihad, le bouillonnement intense, avivés par les échos des remous qui agitaient le Moyen Orient (nahda, panislamisme, panarabisme, mouvement Jeune Turc) et de la retentissante victoire des Japonais sur les Russes, furent autant de conditions ayant précipité la chute de Moulay Abdel Aziz.
Moulay Abdel Hafid semblait tout désigné pour succéder à son frère, Moulay Abdel Aziz. Il avait été chargé d'abord de faire respecter l'autorité du Makhzen dans le Souss, avec résidence à Tiznit (1897-1901), puis avait occupé un poste de khalifa à Marrakech. Très versé en théologie, titulaire d'une ijaza du cheikh Ma El Aïnine (1904), poète à ses heures, auteur d'un certain nombre d'ouvrages, il était réceptif à l’idéologie salafiste. Les grands caïds du Sud (Madani Glaoui, Abdel Malek M'Tougui, Aïsa Ben Omar Abdi…), inquiets pour leurs privilèges eu égard à l’ampleur de l’agitation populaire, lui étaient acquis. Sa proclamation eut lieu à Marrakech le 16 août 1907 avec leur appui. Elle fut suivie de la formation d'un nouveau gouvernement. Madani Glaoui s’y vit attribuer le ministère de la Guerre, Aïssa Ben Omar celui des Affaires étrangères, M'tougui le vizirat des chikayatt (Réclamations, Justice) et Tayeb Tazi celui des Finances.
L'immense espoir d'un sursaut salutaire suscité par la proclamation du nouveau sultan porta à son paroxysme l'esprit de résistance. Craignant depuis longtemps l'appel officiel au jihad, ce ne fut pas sans appréhension que les légations apprirent les conditions dont les populations de Fès avaient assorti leur bei’â : abrogation de l'acte d'Algésiras, libération d'Oujda et de la Chaouïa, dénonciation des dettes de Moulay Abdel Aziz, abolition des privilèges capitulaires et des protections, assentiment préalable du peuple à tout accord avec des Puissances, resserrement des liens avec le monde arabe et musulman.
Dans une phase ultérieure, Lissan AI Maghrib, journal de Tanger animé par des Syro Libanais, devait y ajouter un projet de Constitution et de création d'une Chambre des Représentants, qui fut présenté à Moulay Hafid dans l'édition du 11 octobre 1908 et devait apporter, selon le journal, les « libertés d'action et de pensée indispensables à la réalisation des réformes". Ces propositions furent assorties de demandes portant sur "(la mise en place d’un) enseignement primaire obligatoire et gratuit, le renvoi des mouchards et des espions, et la nomination aux postes de responsabilité d’hommes compétents, méritants et dignes ».
Après l'éviction de Moulay Abdel Aziz (21 août 1908), Moulay Hafid allait en fait très vite se trouver pris entre les exigences radicales des fractions les plus dures de ses partisans et les multiples préalables que posaient les Puissances à toute reconnaissance de son régime. Outre l’adhésion sans réserve à l’Acte d’Algésiras, la France chercha même à poser une condition maximaliste: une déclaration solennelle du sultan, dont lecture serait donnée du haut les chaires de toutes les mosquées, proclamant sa renonciation au jihad.
Atout déterminant à l'appui de ces préalables et de la prise en charge du passif légué par Moulay Abdel Aziz: le gel des revenus douaniers non encore gagés transitant par la Banque d'Etat. Le sultan se trouvait précisément confronté à l'épuisement de ses ressources financières initiales, la nécessité de récupérer la part des rentrées douanières lui revenant, de relancer la machine étatique et de venir à bout de Bou Hmara. Il dut se résoudre à engager des négociations avec les légations sur la base de son adhésion à l'Acte d'Algésiras (janvier 1909).
Une réaction immédiate s’ensuivit: le chérif Mohamed Kettani intervint auprès des tribus pour les soulever contre Moulay Hafid. Cette perspective semblait d'autant plus aisée que la rapacité et l'arbitraire des "grands caïds" du Sud, promus vizirs contre les Ouled Jamaâ, les Aït Ndir, les Cherarda (pourtant guich et de ce fait habitués à l'exemption fiscale), les Beni Hsen, etc., créaient un brutal désenchantement. Le siège de Fès, en 1911, devait en démontrer l'ampleur.
En dehors de ces extorsions, de la vénalité des charges et d'excès en tous genres de caïds cherchant à rentrer dans leurs fonds et à s’enrichir encore plus, d'autres facteurs contribuaient eux aussi puissamment à la désarticulation de l'assise populaire et à la remise en cause de la légitimité même du nouveau régime. C’est ce à quoi concourut en particulier l'emprunt de liquidation de 90 millions de francs, conclu à Paris, et gagé sur les reve¬nus des biens domaniaux situés dans un rayon de dix kilomètres autour des ports, ainsi que sur la proportion du produit encore disponible des douanes et du monopole du tabac et du kif.
Mécontents de la tournure que prenaient les événements, des délégués de tribus se concertèrent à Agouraï (au sud de Meknès). Ils décidèrent d'assiéger Fès et de contraindre le sultan à renouer avec le programme sur la base duquel il avait été proclamé. Leur projet fut cependant contrecarré par l'intervention des troupes du général Moinier (21 mai 1911) initialement simple renfort à la mehalla du chérif AI Amrani, rappelée de la Chaouïa pour débloquer la capitale.
La France mit à profit la présence de ses troupes à Fès pour acculer Moulay Hafid à accepter un protectorat. L’accord conclu à Berlin le 4 novembre 1911, au lendemain de la réapparition fracassante de l’Allemagne sur la scène marocaine et de l'envoi d'un croiseur de guerre – le Panther – à Agadir, facilita ses manœuvres.